Un article du Professeur Bernard Bioulac*
Mardi 21 avril 2026 de 18h à 20h, Amphi Ellul, Université de Bordeaux, 35 place Pey-Berland, Bordeaux
"Stimulation cérébrale profonde : pour quelles maladies, avec quels enjeux ?"
Un Débat public organisé dans le cadre des Etats Généraux de la Bioéthique 2026 et de la Semaine du Cerveau 2026
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En France, on compte environ 275.000 patients atteints de maladie de Parkinson (MP), seconde pathologie neurodégénérative après la maladie d’Alzheimer (900.000 cas).
La MP est caractérisée par un trépied clinique : tremblement, hypertonie (rigidité musculaire) et akinésie (difficulté à exécuter un mouvement volontaire). Elle est due à la dégénérescence progressive des neurones qui produisent la dopamine (DA). Ces neurones, dits dopaminergiques, sont situés dans la substance noire, une structure localisée dans le tronc cérébral. La DA est un neurotransmetteur indispensable au bon fonctionnement de la motricité volontaire et plus généralement à la motivation et au désir d’agir et à le faire avec plaisir.
Un premier pas décisif pour le traitement est franchi dans les années 1960. Il s’agit de l’utilisation de la L-DOPA, le précurseur de la dopamine. Administrée per os, la L-DOPA passe la barrière hémato-encéphalique et est transformée en DA. Les résultats sont très positifs. Cependant, avec le temps, l’efficacité de la L-dopathérapie s’épuise et apparaissent des fluctuations motrices et des dyskinésies très gênantes.
Dans les années 1973-1992 des progrès majeurs sont accomplis dans le domaine de la connaissance des réseaux neuronaux - les noyaux gris centraux (NGB) - qui contrôlent le déroulement du mouvement volontaire. Ainsi, il est observé que l’activité des neurones du noyau sous-thalamique (NST), un noyau des NGB, est très anormalement emballée. Il vient alors l’idée de contrecarrer cette activité anormale par la stimulation à haute fréquence (SHF). Celle-ci est connue pour exercer un effet inhibiteur sur l’activité neuronale. En 1993, elle est appliquée sur le NST d’un primate non humain porteur de la MP. Le résultat est spectaculaire, rigidité et akinésie diminuent fortement voire disparaissent. La SHF ou stimulation cérébrale profonde (SCP) du NST est ainsi découverte par une équipe bordelaise du CNRS et transférée à l’homme par les neurochirurgiens de Grenoble.
Depuis ces observations séminales, on estime que 200.000 patients souffrant de MP avec fluctuations et/ou dyskinésies, ont bénéficié de l’implantation d’un dispositif de SCP du NST. D’autres cibles sont plus particulièrement visées dans certains mouvements anormaux : le noyau ventral intermédiaire du thalamus (VIM) pour les tremblements réfractaires et le pallidum interne (GPi) pour les dystonies et les dyskinésies.
La SCP est un dispositif implanté dans le cerveau. Il doit être considéré comme une interface cerveau-machine (ICM) de type write in[1] qui suscite plusieurs questionnements en matière de bioéthique. Quels sont-ils ?
(1) Est-on sûr que tous les centres d’implantation soient dotés d’équipes multidisciplinaires compétentes ?
(2) Dans le cadre du rapport bénéfices/risques, le patient, au moment où il donne son consentement, doit être informé de l’efficacité du soin. Il peut croire que la SCP l’a guéri et l’euphorie qui en découle, l’amener à agir de façon disproportionnée. Il ne doit pas ni se leurrer ni être leurré, les soignants et les aidants ont le devoir de lui expliquer que la maladie poursuit son œuvre.
(3) On évoque, aussi, le changement d’identité personnelle dès lors qu’ apparaissent certains troubles comportementaux ( achats, jeux, boulimie, sexualité, pleurs, tendances suicidaires). Dans ces cas, il ne faut pas opposer une personnalité véritable d’avant le soin à une personnalité altérée par le soin. Le plus souvent, si un changement comportemental est perçu, il peut être accepté par le patient. C’est à lui d’évaluer l’impact négatif ou positif et de formuler un acte correctif : réglage du programme de stimulation voire son arrêt.
(4) A tout moment doivent être respectés les principes de bienfaisance, de non malfaisance, d’autonomie et de justice. Au-delà de la seule SCP, ces questionnements ou principes valent pour tous les ICM qu’ils soient de type write in ou de type read out.
(5) Le principe de protection des données personnelles s’applique dans le cas où il y aurait recueil de l’activité neuronale.
* Professeur Bernard Bioulac, Neurobiologiste, Professeur émérite à l'université de Bordeaux, Membre de l'académie nationale de médecine, directeur honoraire de l'ERENA site Aquitain, directeur de l'ERENA Bordeaux de 2015 à 2021, directeur adjoint de l'ERENA de 2018 à 2021.
[1] Certains classent les ICM en deux catégories : les ICM dits de lecture « read out » utilisent l’activité cérébrale pour mettre en œuvre des dispositifs suppléant essentiellement la fonction motrice ( curseur, fauteuil roulant, exosquelette. . .) et les ICM dits d’écriture « write in » qui utilisent la stimulation électrique pour transmettre un signal au système nerveux central (implants cochléaires et rétiniens, stimulation cérébrale profonde dans les mouvements anormaux).
Pour aller plus loin :
Les séances de l'Académie Nationale de Médecine - Séance dédiée du 3 mars 2026 : « Neurostimulation et pathologies du mouvement : où en est-on ? ». Organisation : Marie VIDAILHET et Bernard BIOULAC, mars 2026
Communiqué de l’Académie nationale de médecine : "Les implants cérébraux : espoir, mais vigilance", décembre 2023
Ouvrage "La stimulation cérébrale profonde, de l’innovation au soin", Sous la direction de Sonia Desmoulin-Canselier, Marie Gaille et Baptiste Moutaud, Histoire des sciences, 2019, Hermann











